|
Ethymologie Notice exacte et complète de Louis Paultre, né le 22 octobre 1836 à Sancoins, il fut conseiller municipal, notice établie par ses recherches propres effectuées de 1909 à 1919. NOTICE SUR SANCOINS "Ayant fait des recherches sur Sancoins, j'ai pu réunir quelques documents qui prouvent que cette ville est bien ancienne et qu'elle a eu une certaine importance. Le premier document est l'itinéraire d'Antonin, nom d'un important et précieux travail géographique ancien dont on ignore l'auteur et la date de publication. C'est un tableau des routes qui sillonnaient l'Empire romain au IVe siècle et des stations qui existaient sur ces routes; la distance entre chacune de ces stations est indiquée en mille romain, mais pour qu'on puisse se rendre compte aujourd'hui des distances, elles ont été calculées en kilomètres. L'une de ces routes est celle qui allait de Burdigala (Bordeaux) à Augustodunum (Autun) ; on trouve sur cette route la station de Tincontium qui est placée entre Avaricum (Bourges) et Décude (Decize), à 45 kilomètres de la première et à 49 kilomètres de la seconde. D'après ces distances énoncées, la station de Tincotium est bien certainement la ville de Sancoins aujourd'hui; il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet. Un autre document, connu d'abord sous le nom de Table Théodosienne et ensuite sous le nom de Table de Peutinger, et une carte de l'Orbis Romanus qui doit remonter au règne d'Alexandre Sévère, vers l'an 203 après J. C, font état d'une localité dénommée Tincollo située à l'est de Bourges qui est bien certainement la même que Tincotium de l'itinéraire d'Antonin deux siècles après. Sancoins existait donc déjà avant le IVe siècle. Ernest Desjardins, membre de l'Institut, a publié en 1885 la : "Géographie historique et administrative de la Gaule romaine" dont l'autorité est indiscutée et de toute première valeur. Il y identifie, sans aucune réserve, Tincotium avec Sancoins, de même que Tincollo. Voici ce qu'il dit à propos des modifications des noms: " On trouve ici les variantes que les nombreux manuscrits de l'itinéraire d'Antonin fournissent pour les noms de lieux; ces variantes résultent le plus souvent de grossières fautes de transcription. J'indique comment, à mon sens, ces noms doivent être redressés". Tous les manuscrits portent A varicum, mais il y a des variantes relativement à Tincontium qui, sur un autre manuscrit, est inscrit Tinconcium un autre porte Tinconium. Ernest Desjardins rectifie ainsi: Sincontium. Dans le "Grand dictionnaire géographique de la France "publié en 1902, sous la direction de M. Joanne, on lit ceci: "Sancoins d'origine romaine, s'appelait au nr siècle Tinconium ; c'était alors une station de la voie allant de Bourges à Decize. On y trouve deux tours et d'autres restes des remparts, où de vieilles maisons dont une du XIVe siècle" . M. Longon, dans son "Atlas historique de la France paru en 1907, appuie et affirme l'identité de Tincotium avec Sancoins et dit que la véritable forme latine est Sincontium. Il ressort des différents documents que Sancoins est d'origine romaine, preuve de son ancienneté et qu'elle a porté autrefois les noms suivants: Tincontium Tincollo - Tincocium - Tinconium Sincontium - Cintiquonium. En 1916, ily a deux ou trois ans, j'ai lu dans une brochure que Sancoins s'est appelé aussi Sancoins sur l'Argent; cela m'a rappelé que dans mon enfance, je l'avais entendu dire par mes grands parents, et ce qui vient à l'appui de cette dénomina tion, c'est qu'on trouve dans un vieux dictionnaire géographique, par Vosgien, qui porte le millésime de 1772, cette mention: "Sancoins, autrefois Tincon ti um, petite ville du Bourbonnais, sur le ruisseau d'Argent à six lieues S.O. de Nevers". Sancoins était autrefois entouré de fossés dont les bords extérieurs suivaient les rues nommées auj ourd'hu i: la rue de l'Hôtel de Ville, la rue des Remparts de l'Ouest, la rue des Soupirs, la rue des Remparts du Nord, et revenaientrejoindrelaruedel'Hôtelde Ville. Le trop plein des fossés s'écoulait dans l'ancien étang de Sancoins qui était entretenu par l'Aubois. Le canal qui a été livré à la navigation en 1830, a été construit dans cet étang dont la chaussée a servi à la construction de la rou te qui, en partan t de Sancoins va vers Bourges. Il Y a encore à Sancoins, des restes des anciennes fortifications; on y voit aussi quelques tours datant de la même époque; elles étaient sur le bord intérieur des fossés et devaient servir à la défense de la ville. Une de ces tours qui se trouve sur la cour du numéro 66 de la Grande Rue a reçu le nom de tour Jeanne d'Arc. Il y a dans la cour sur la gauche de cette tour des couvertures qui ont certainement été faites en même temps que la tour et dont la sculpture est remarquable. Voici comment Jeanne d'Arc est venue à Sancoins : Il avait été décidé dans un Conseil tenu à Mehun-surYèvre de chasser les Anglais du bord de Loire et pour cela il fallait faire le siège de La Charité. Mais celui-ci fut retardé et Jeanne d'Arc fut envoyée d'abord à Saint-Pierre-Ie-Moustier. Elle était à Bourges où elle organisait son expédition. Elle y séjourna trois semaines. Elle partit au mois d'octobre 1430 avec son armée à la tête de laquelle était Charles d'Albret. Elle se dirigea sur Sancoins en suivant l'ancienne voie romaine; elle s'y arrêta et alla probablement se reposer dans un endroit touchant la tour qui porte aujourd'hui son nom. De Sancoins, elle alla passer l'Allier au Veurdre et se rendit à SaintPierre-Ie-Moustier qu'elle reprit aux Anglais. Elle se dirigea ensuite sur La Charité pour en faire le siège. Tels sont les renseignements que j'ai pu me procurer sur Sancoins. Fait à Sancoins, le 22 octobre 1919. Louis Paultre Les recherches faites à son tour par Louis-Edmond Mézerette, se rapportant en partie au texte de Louis Paultre, complètent ces données. Il semble que la racine Cantio avec la prononciation Cantsio viendrait du nom des assemblées dites comices, le Comitium se situant sur la place de l'ancienne Rome, au nord du Forum. C'est au cours de ces assemblées du peuple romain, ces comices, qu'étaient élus les magistrats et qu'avaient lieu le vote des lois, les déclarations de guerre, les traités de paix, et dans quelques cas, le jugement des individus accusés de crimes publiques. Peu d'attestations ressortent de l'époque du IVe siècle à 1107. C'est en 1305 que nous trouvons Centiquonium. Le scribe responsable de cette graphie fit apparaître d'abord Cincontium puis Centiconium qui semble avoir un sens de toponymie (Centre). Hors les graphies établies par Louis Paultre, les nouvelles graphies sont dues à la fantaisie des abbés et curés de la paroisse. Parcourant les registres paroissiaux, on trouve quatorze graphies différentes dont cinq l'année 1730 sous la plume du même curé, l'abbé Naudet. D'autre part, sur un couvercle gravé, en zinc recouvert de cuivre datant de 1690, on peut lire Cenconqs. Il semblerait que l'artisan auteur de cette graphie ait oublié un "1", on lirait Cencionqs. Ce couvercle est celui du bénitier de l'ancienne église SaintMartin, érigée au Moyen-Age -XI" siècle- sur la place de la Halle actuelle, démolie en 1860 pour vétusté et exiguïté. De cette vieille église romane, accolée aux maisons construites en adossement le long de la rue NotreDame, il ne nous reste que des dessins fidèlement reproduits par un artiste local Emile Jacquet. Ces dessins dénotent l'intérêt de cette construction que nos édiles locales du siècle dernier n'ont su, ou n'ont pu, ou n'ont voulu conserver. Après sa démolition, la nef pavée servit de plan de foire au marché aux veaux jusqu'en 1974 année de l'ouverture du marché des Grivelles. Voici un relevé des graphies de Sancoins, fort nombreuses suivant les recherches précitées. Tincollo (230 après J.C). Tincontium (itinéraire d'Antonin IVe siècle) .Tincotium, Tinconium, Sincontium, Cintiquonium ou encore d'après des recherches plus floues Tinconus.Ticonius et Ticonus, Cincontium (Desjardins et Longon). Cenconio et Cinconium (cartulairede La Charité en 1107). Centiconium (baillage de Bourges en 1305). Cenquoins et Xencoins en 1338. Xaincoins en 1438. Cenquoins d'après Pasquet de Buxerolles 1569 et les registres de la paroisse. Cancoing- Sancoing- Concoing (1647). Cencoings- Cincoings- Cenquoin Senquoins-(1648). Sencoing-Cencoings- Cencoins Cencoing et Sancoins.Ces cinq dernières graphies sous la plume du même curé Jean-Baptiste Naudet durant la même année 1730. Enfin, Cenconqs en 1690 sur un couvercle de bénitier sous le pastorat du curé Jean Chouvet. Et puis...les différents manuscrits de l'itinéraire d'Antonin donnent aussi Tinconiis dans l'énumération géographique des territoires de l'Empire romain du rr au IVe siècle de notre ère. Ernest-Emile-Antoine Desjardins (1823-1886) dans sa "géographie historique et administrative de la Gaule romaine"(1876-1885) rectifie d'autorité l'orthographe du Sincontium (Conseil des Centres) retrouvé depuis par M. Longon dans son "Atlas historique de la France"(1907). Et puis..Je cartulaire de La Charité, registre sur lequel sont inscrits les chartes, les titres, les actes de donation, de ventes, etc... concernant l'abbaye des moines de La Charité-sur-Loire, porte Cenconio-Cinconio qu'un clerc en 1305 écrit Centiquonium, soucieux d'une éthymologie latine cherchant un rapport avec coin, cognée, quinconce,coingetc... Pour mémoire On dit aussi que Sancoins viendrait du celtique dès avant l'invasion romaine ce qui nous ramène à l'itinéraire d'Antonin et à la Table Théodosienne de Peutinger. Thédose rr le Grand (346-395) fut empereur romain en 379, chargé du gouvernement de l'Orient. Il repoussa les Huns jusqu'en Gaule et sa route passa par Tincollo. Conrad Peutinger (1465-1547) cet humaniste allemand établit une carte peutingérienne dite Table de Peutinger. Ce document découvert en 1500 et retrouvé dans les études de l'archéologue Peutinger. représente les routes militaires de l'Occident sous Théodose le Grand. Extrait du livre "Sancoins mon village" de Robert Valentin
|