terre des trois bornes

Située à l'intersection de trois départements aussi variés par leur géophysique que le Cher, la Nièvre et l'Allier, par amplification à l'intersection de trois régions, le Centre, la Bourgogne et l'Auvergne auxquelles chacun de ces trois départements est rattaché, Sancoins a toujours joui depuis l'antiquité d'une place de choix où le commerce et les échanges en ont fait sa valeur.

Sancoins dépendait autrefois du Bourbonnais dont ses attaches affectives la rapprochaient plus que du Berry, la limite géographique se situant à Blet. Mais le découpage administratif de 1789 la situa dans le Cher, la limite du département de la Nièvre étant l'Allier, la limite du département de l'Allier étant la rivière l'Arcueil et le lien routier Sancoins - Saint-Amand-Montrond. Sancoins se trouve ainsi écartelée entre le Berry, le Nivernais et le Bourbonnais.

Profitant de cette situation, son importance à travers les siècles provient de son éloignement des centres urbains tels Bourges à 50 kilomètres, Nevers 37 kilomètres, Moulins 45 kilomètres, Saint-Amand-Montrond 37 kilomètres et de son indépendance à la limite de la Champagne berrichonne, du Sancerrois, du Val de Loire et du Boischaut.

C'est en 1959 que furent créées les régions administratives et particulièrement la région Centre; à cette époque, un projet de création d'une entité régionale Berry - Nivernais - Bourbonnais mobilisa toutes les attentions. A l'heure de la construction européenne, son absence a toujours été et est encore regrettée. Nous relevons, sous la plume d'Olivier Bonnichon :
"Voisins de palier, les départements du Cher, de l'Indre, de l'Allier et de la Nièvre ont plus que de simples frontières en commun. Tous quatre, peu densément peuplés, à dominante rurale, ont une histoire, une géographie, des centres d'intérêt et des difficultés proches les uns des autres. Et pourtant ils appartiennent à trois régions différentes: le Centre, l'Auvergne et la Bourgogne.

"Distendus par les contraintes administratives, isolés par des zones d'attractions diverses, ils n'en conservent pas moins un certain nombre de relations privilégiées, commerciales et sentimentales, tout en partageant un même sentiment de non appartenance, voire d'exclusion, à leur région d'attachement. Malgré ces contraintes, rien ne semble avoir réellement changé dans les habitudes de vie des résidents de ces quatre départements. Les exemples ne manquent pas pour illustrer cette situation: un rapport de l'INSEE ne montre-t-il pas qu'aujourd'hui, encore près de mille berrichons franchissent quotidiennement la Loire pour faire leurs achats à Nevers... On retrouve les mêmes tendances entre le sud du Cher et Montluçon, tout comme le sud du Boischault est près de la Châtre. Les chiffres et les comportements montrent qu'il existe une entitérégionale entre les quatre départements, une entité qui a longtemps étésouhaitée par les élus locaux mais qui n'a jamais vu le jour.

L'un des plus vaillants défenseurs de ce projet "pour une entité régionale authentique" fut le député-maire de Bourges Raymond Boisdé. A plusieurs reprises, il a émis le voeu de voir naître cette région. Dans un document publié en 1965, il expliquait pourquoi cette région existait "naturellement" : "l'Indre et le Cher sont les deux moitiés du Berry et leurs relations normales ne les conduisent à s'agréger ni à la Touraine tournée vers l'Atlantique, ni au Loiret, margelle du Bassin Parisien. La Nièvre, séparée de la Bourgogne par le massif du Morvan étale son activité principale le long de la Loire avec passerelles vers le Cher et l'Allier.

L'Allier descend la pente du Massif Central vers les plaines accueillantes du coeur de la France, plutôt que de remonter vers l'Auvergne".

"Ces départements aujourd'hui administrativement assemblés dans trois régions distinctives ont tous des inclinations naturelles qui ne les portent nullement vers leurs partenaires administratifs" .

En clair, Dijon ne regarde pas Nevers, Clermont-Ferrand n'a rien à offrir à Montluçon, ni à Moulins, Chartres et Orléans sont pris dans le halo de la capitale. Autrement dit la construction régionale a été faite en dépit du bon sens.

En 1972, le député-maire de Bourges revenait à la charge dans un document rédigé à l'intention des élus des quatre départements suite aux malfaçons constatées dans la construction de la Région Centre. Il demandait alors dans le cadre de la procédure de révision, de porter attention à un certain nombre de détails liés au seul problème de la région Centre: "une région créée pour utiliser les restes", comme elle avait été définie au départ. Raymond Boisdé renouvelait en fait le voeu de voir se former cette fameuse région Berry, Bourbonnais, Nivernais. Dans un ouvrage de référence paru en 1976 : "Berry, Bourbonnais, Nivernais" par Jean Favière chez Artaud, une thèse d'Henri Letourneau rejoint cette pensée en faisant état de l'intérêt suscité par le projet, mettant en exergue l'avance prise par certaines organisations économiques, industrielles et agricoles qui se sont spontanément formées sur les trois provinces. Il explique l'absence de concrétisation suivie en 1959 par la naissance de la Région Centre: "l'Allier et la Nièvre étaient prêtes à s'unir au Berry mais Orléans- Tours et Chartres firent preuve d'une solidarité négative face à Paris".

En 1997, un Conseiller régional de l'Indre, Régis Blanchet demandait en réunion plénière que ne soit pas oublié le sud du département placé selon lui en situation d'appauvrissement.

Régulièrement, les Conseillers Généraux du Cher, comme ceux des autres départements concernés, font état de leur regret. Pour faire face à cet isolement, chacun s'organise: les coopératives interdépartementales se multiplient. L'une des dernières, celle de l'autoroute du Centre de la France à Farges-Allichamps, montre une volonté manifeste d'aller de l'avant en resserrant les liens naturels. Le projet récent de création d'un centre d'instruction des jeunes sapeurs-pompiers pour l'initiation aux secours, en est une nouvelle preuve.

Car si l'histoire ne semble pas décider à faire marche arrière, les hommes, eux, n'ont pas fini de faire valoir les droits de la Nature. Toutes familles politiques confondues reconnaissent l'importance de cette entité virtuelle, tout en étant conscientes de l'irréversabilité de la situation.

Et la gastronomie dans tout ça !
De tous les points communs qui existent entre les trois provinces, le pâté aux pommes
de terre est peut- être le plus représentatif
Elément marquant
de la gastronomie régionale, il ne sort pas des limites du Berry, Bourbonnais, Nivernais. C'est quand même un signe !!!

 Extrait du livre "Sancoins mon village" de Robert Valentin